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Eau du robinet versus eau embouteillée : laquelle est la plus
sécuritaire?
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Du point de vue de notre santé, quelle eau est la meilleure : l'eau du robinet ou l'eau embouteillée? Le texte qui suit a pour objectif d’apporter des éléments de réponse à cette importante question en présentant une comparaison de la réglementation en vigueur et des obligations de suivi et de contrôle pour l’eau du robinet et l’eau embouteillée. De plus, un tableau résumant les principaux éléments de cette comparaison se retrouve en annexe. Les différents types d'eau L'eau embouteillée regroupe l'eau de source, l'eau minérale et l'eau traitée. Ces dernières se différencient l'une de l'autre, selon les cas, par leur provenance ou leur contenu en sels minéraux et autres éléments, ou encore par les exigences réglementaires et les obligations de contrôle qui y sont associés.
Ainsi, l'eau « de source » doit
provenir d'une source souterraine offrant une eau exempte de
contamination, dont le contenu en sels minéraux ne dépasse pas 1 000
mg par litre et dont les concentrations de 22 ions et subtances ne
dépassent pas les normes prescrites dans le Règlement sur les
eaux embouteillées. L'eau « minérale » provient également d'une
eau souterraine exempte de contamination mais son contenu en sels
minéraux est supérieur à 1 000 mg par litre (cela vaut pour
le Canada. Au niveau international, la limite est plus fréquemment
250 mg par litre). Quant à l'eau traitée, c'est une eau provenant
des réseaux de distribution municipaux ou d’une source de surface
telle que les lacs et rivières, qui est traitée par différents
procédés avant d’être embouteillée. Les lois et règlements applicables
Au Québec, la qualité de l'eau du
robinet est maintenant assurée par le Règlement sur la qualité de
l'eau potable (RQEP), entré en vigueur en 2002 et révisé en
2005. Ce règlement contient à la fois des normes à respecter pour
assurer la qualité de l'eau et des obligations de suivi et de
contrôle du respect de ces normes. Les normes de qualité
s’appliquent à des paramètres bactériologiques et physico-chimiques.
De plus, le RQEP contient des normes relatives à la désinfection de
l’eau qui seront en vigueur en 2008. Le règlement présente également
les fréquences d'échantillonnage qui doivent être suivies pour
s'assurer que les normes mentionnées ci-dessus sont respectées et
que la qualité de l'eau est maintenue. Enfin, le RQEP contient des
exigences relatives à la formation des opérateurs d'installation de
traitement d'eau potable.
Du côté de l'eau
embouteillée, les exigences réglementaires sont contenues le
Règlement sur les eaux embouteillées du Ministère de
l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation du Québec (MAPAQ)[1].
Santé Canada, de son côté, apporte des précisions sur les règles
concernant l'emballage et l'étiquetage des bouteilles d'eau dans sa
Loi sur l'emballage et l'étiquetage des produits de consommation.
Il convient tout d’abord de distinguer les normes de qualité des obligations en matière de suivi et de contrôle. Les normes de qualité spécifient comment l'eau doit être, alors que les obligations de suivi et de contrôle précisent à quelle fréquence, et parfois de quelle façon, on vérifie que l'eau respecte bien les normes de qualité qui sont spécifiées. Les deux éléments sont aussi essentiels l'un que l'autre, car même les meilleures normes du monde ne valent rien si on ne sait pas dans quelles mesures elles sont respectées.
Les normes de qualité Pour l'eau du robinet, les normes concernent les bactéries coliformes et autres bactéries, des substances inorganiques telles que le mercure, le plomb et l’arsenic[2] et des substances organiques parmi lesquelles des pesticides et autres substances telles que le benzène et le chlorure de vinyle[3]. Ces normes s'appliquent à l'eau une fois qu'elle a été traitée. Les normes pour l’eau du robinet ne précisent donc pas quelle qualité l'eau doit avoir lorsqu'elle est prélevée, mais plutôt quelle qualité elle doit avoir lorsqu'elle est distribuée aux citoyens. Les obligations de suivi et de contrôle La fréquence d'échantillonnage obligatoire pour le contrôle du respect des normes varie selon les substances normées et dépend du nombre de personnes desservies par les réseaux. Pour les villes de 100 000 personnes et plus, par exemple, le RQEP précise que c'est plus de 100 échantillons par mois pour les coliformes fécaux et le chlore résiduel libre, 4 contrôles annuels des nitrates et nitrites, 4 contrôles par an des substances organiques et un contrôle par an des substances inorganiques, qui doivent obligatoirement être effectués. Un autre exemple : pour un réseau desservant de 1 000 à 5 000 personnes, il y aura 8 échantillons par mois pour les coliformes et le chlore résiduel, 4 contrôles annuels des nitrates et nitrites, un contrôle par an des substances inorganiques mais aucune obligation de contrôle des substances organiques.
L'eau de source et l'eau minérale Les normes de qualité
Les normes de qualité pour l'eau de
source et l'eau minérale concernent les bactéries coliformes, les
substances organiques et les substances inorganiques. Si l'on
compare avec les normes pour l'eau du robinet, on constate que les
paramètres évalués sont sensiblement les mêmes, bien que ceux
associés aux substances organiques, dans le cas de l’eau du robinet,
soient plus nombreux et plus précis. Ainsi, la vulnérabilité de la source d'eau souterraine à la contamination doit être évaluée, en se basant sur l'indice DRASTIC[4]. Si l'indice de vulnérabilité DRASTIC est faible, le captage pour fin d'embouteillage est autorisé sans que soient nécessaires des analyses sur les substances organiques, notamment les pesticides. Si l'indice DRASTIC démontre une vulnérabilité moyenne (c’est-à-dire de 35% à 75%), des suivis analytiques de la qualité de l'eau (paramètres bactériologiques, inorganiques et organiques) doivent être faits pendant deux ans avant de pouvoir permettre la consommation de cette eau.
Même lorsque la source d’eau souterraine est bien protégée contre la
contamination, la qualité de l'eau captée doit être démontrée
d’abord par des analyses de paramètres inorganiques, qui sont les
mêmes que pour l'eau du robinet (à l'exception des bromates et des
chloramines qui ne sont pas analysés pour l'eau embouteillée). Les
normes à respecter pour ces paramètres inorganiques sont toutes plus
sévères que celles pour l’eau du robinet. À l'exception du suivi de deux ans pour la vente d'eau provenant d'une source dont l'indice DRASTIC indique une vulnérabilité moyenne, ni les règlements associés à l'eau embouteillée ni les directives fournies par les ministères (MDDEP et MAPAQ) ne précisent de quelle façon et à quelle fréquence sera vérifiée la qualité de l'eau vendue en bouteille. Le MDDEP, une fois l'autorisation de captage donnée, n'entre plus en jeu pour les 10 années qui suivent. Quant au MAPAQ, il s'assure, via les inspecteurs du Centre québécois d’inspection des aliments et de santé animale (CQIASA), que ses exigences en matière d'étiquetage et de procédés de désinfection des équipements et des bouteilles sont respectées. Aucun règlement ou document ne précise à quelle fréquence ces vérifications doivent être faites. Le rapport annuel 2004-2005 du CQIASA ne contient aucune information relative à la fréquence des inspections qui ont été menées. L’Association canadienne des embouteilleurs d’eau vante l’auto-contrôle exercé par ses membres. En effet, pour devenir membre de cette association, les embouteilleurs doivent accepter de recevoir une visite annuelle surprise d’un inspecteur d’une organisation indépendante et de faire analyser leur eau une fois par année par un laboratoire indépendant. Précisons que les embouteilleurs des marques d’eau traitée Dasani et Aquafina, notamment, ne sont pas membres de l’association. L’eau traitée Les normes de qualité Parce qu’elle ne provient pas d’une source souterraine, l’eau traitée n’est pas soumise au même processus d’autorisation de captage du MDDEP. Cependant, ce ministère autorise la prise d’eau et évalue le mode de traitement de l’eau en se basant sur un document fourni par l’embouteilleur qui précise le type de traitement effectué et son impact sur la qualité de l’eau.
Encore une fois, ni les règlements
associés à l'eau embouteillée ni les directives fournies par les
ministères (MDDEP et MAPAQ) ne précisent de quelle façon et à quelle
fréquence sera vérifiée la qualité de l'eau traitée vendue en
bouteille. Il n’est pas simple de déterminer laquelle, de l’eau du robinet ou de l’eau embouteillée, est la plus sécuritaire pour la santé, notamment parce qu’il existe une variété de facteurs à prendre en compte. Ceci dit, les éléments liés aux normes de qualité et aux obligations de suivi et de contrôle présentés dans les paragraphes précédents permettent de tirer quelques conclusions : les paramètres utilisés pour déterminer la qualité de l’eau sont sensiblement les mêmes pour l’eau du robinet et l’eau embouteillée. Cependant, les paramètres organiques sont plus nombreux et mieux précisés dans le cas de l’eau du robinet; · les normes de qualité liées aux paramètres organiques et inorganiques sont plus sévères pour l’eau embouteillée (de source et minérale) que pour l’eau du robinet; · ces normes de qualité sont appliquées lors du captage de l’eau pour l’eau embouteillée (de source et minérale) et lors de la distribution de l’eau pour l’eau du robinet;
Par ailleurs, quelques autres remarques valent la peine d’être soulignées : Ø Une étude finlandaise publiée au début de l’année a révélé que la canalisation de cuivre utilisée dans les réseaux de distribution municipaux et dans les maisons a un effet antibactérien, en permettant de limiter la croissance et la prolifération des bactéries dans l’eau. De plus, une autre étude publiée récemment en Allemagne affirme que l’eau embouteillée contient de 95 à 165 fois plus d’antimoine, une substance toxique, à cause du plastique des bouteilles (PET). Soulignons également que le RQEP (Règlement sur la qualité de l’eau potable) n’assure pas une protection suffisante aux citoyens des municipalités de 1 000 à 5 000 habitants desservis par un aqueduc parce qu’il n’oblige pas à faire le suivi des paramètres organiques (les pesticides notamment), alors que c’est le cas pour les municipalités de 5 000 habitants et plus.
Enfin, les embouteilleurs affirment souvent qu’aucun
cas de maladie d’origine hydrique contractée en buvant de l’eau
embouteillée n’a été constaté. Sources : - Règlement sur la qualité de l’eau potable (Québec) - Règlement sur les eaux embouteillées (Québec) - Règlement sur les aliments et drogues (Canada) - Loi sur l’emballage et l’étiquetage des produits de consommation (Canada) - Formalités et guide de procédures. Examen des projets de production et de distribution des eaux embouteillées au Québec (MAPAQ) - Guide d’application : examen des projets de prise individuelle d’eau commerciale (MDDEP) - Recommandations pour la qualité de l’eau potable au Canada - Hélène Cyr et Andréanne Demers, 2005. Rapport sur la situation de l’industrie de l’eau embouteillée au Québec, Eau Secours! - Étude finlandaise mentionnée dans le numéro 38 de la revue Water Research (disponible sur centre@cuivre.org) - Étude allemande mentionnée dans le numéro de mai 2006 de Environnement Magazine Annexes Annexe 1 – Les différents types d’eau
Annexe 2 – La réglementation applicable
Annexe 3 – Les normes de qualité
Annexe 4 – Les obligations de suivi et de contrôle pour l’eau du robinet
Tableau 1 - Fréquence d’échantillonnage pour le contrôle bactériologique
Tableau 2 - Fréquence d’échantillonnage pour le contrôle physico-chimique
Tableau 3 - Contrôle de la désinfection pour les traitements de réseaux privés et municipaux desservant plus de 500 personnes
(1)
Au Québec, ce règlement remplace le titre 12
du Règlement sur les aliments et les drogues de Santé
Canada, qui précise que l’eau de source et l’eau minérale
doivent provenir de source souterraine, ne doivent pas
contenir de bactéries coliformes et ne doivent pas avoir été
modifiées dans leur composition, et que l’eau traitée ne
doit pas contenir de bactéries coliformes ni plus de 100
bactéries aérobies totales par millilitre.
[2]
Le règlement précise des normes maximales pour les 17
paramètres inorganiques suivants : antimoine, arsenic,
baryum, bore, bromates, cadmium, chloramines, chrome,
cuivre, cyanures, fluorures, nitrates, nitrites, mercure,
plomb, sélénium, uranium.
[3]
Le règlement précise des normes maximales pour 30 pesticides
et 18 autres substances organiques. [4] La méthode DRASTIC a été développée par l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (US EPA) en 1987 comme outil pour évaluer la vulnérabilité des eaux souterraines à la pollution. Cette méthode est basée sur l’utilisation de sept paramètres hydrogéologiques qui permettent de générer un indice pour le potentiel de pollution des ressources en eau souterraine. Plus l’indice est grand, plus la vulnérabilité à la pollution est importante. |