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Les tourbières

Comité de Recherche et de sensibilisation de la Coalition Eau Secours!
Andréanne Demers

Souvent perçues comme des endroits malsains, infestés d’insectes, les tourbières sont pourtant des trésors écologiques qui rendent de nombreux services aux êtres humains. La tourbe est une substance organique formée de résidus d’origine végétale, à différents états de décomposition selon la profondeur, accumulés à travers les siècles. Dans la vallée du Saint-Laurent, la plupart des tourbières ont commencé à se développer il y a 8 000 à 10 000 ans, soit après le retrait des glaciers.

La tourbe s’entasse dans des dépressions mal drainées, c’est-à-dire là où l’eau circule peu ou pas. À un rythme d’accumulation de 6 cm par siècle, plusieurs centaines d’années, voire des milliers, sont nécessaires pour qu’un petit étang se transforme en tourbière. En fait, trois conditions sont essentielles pour le développement d’une tourbière :

  1. L’humidité doit être élevée. Le sol doit être constamment imbibé d’eau. On retrouve donc les tourbières dans un climat avec des précipitations régulières.

  2. Le relief doit pouvoir retenir l’eau. Les eaux de pluie et de ruissellement doivent s’accumuler et rester stagnantes.

  3. La température doit rester relativement basse.

On distingue deux types de tourbière, en fonction de leur alimentation en eau :

Ombotrophe (ou bogs) : se dit d’une tourbière lorsqu’elle est alimentée en eau uniquement par les précipitations atmosphériques. Elle est pauvre en éléments nutritifs et abrite plusieurs espèces acidophiles (qui préfèrent un milieu acide). Au Québec, on retrouve ces tourbières particulièrement dans les régions du Lac Saint-Jean, de la Côte-Nord et de la Baie James.

Minérotrophe (ou fens) : se dit d’une tourbière alimentée par les précipitations atmosphériques et les eaux de ruissellement des sols minéraux avoisinant. Elle est plus riche en éléments nutritifs que la tourbière ombotrophe, ce qui permet à une plus grande variété d’espèces d’y croître.

Un type de végétation très présent dans les tourbières sont les sphaignes. Les sphaignes sont des mousses qui forment des coussins verts, parfois rougeâtres, gorgés d'eau. Les tourbières sont des milieux peu diversifiés car elles présentent des conditions de vie difficiles (acide, saturé d’eau, pauvre en éléments nutritifs). Par contre, elles contiennent une flore unique et rare. Les tourbières du sud en particulier, renferment plusieurs espèces désormais vulnérables et menacées. Sur les 375 espèces végétales vulnérables ou menacées au Québec, 28 vivent dans les tourbières.

On retrouve 11,8 millions d’hectare de tourbières au Québec. La vaste majorité (85%) de celles-ci se situe au nord du 51e parallèle. Seulement 0,4% de cette superficie est protégé ; ce chiffre grimpe à 3,6% lorsqu’on ne considère que les tourbières présentes au sud du 51e parallèle.

Les tourbières, particulièrement celles du sud, sont menacées par plusieurs facteurs :

  • on extrait la tourbe à des fins commerciales. Au Québec, elle est surtout utilisée en horticulture. Dans certains pays européens, comme l’Irlande, elle est utilisée en tant que combustible.

  • on les draine pour en faire des champs agricoles.

  • on les inonde pour en faire des atocatières.

  • on y récolte du bois.

  • les barrages hydroélectriques ont détruit plus d’hectares de tourbière que tous les autres facteurs réunis.

 Pourtant, les tourbières nous rendent de nombreux services.

Elles constituent un filtre naturel pour l’eau. Une tourbière améliore la qualité de l’eau souterraine.


Elles réduisent l’impact des inondations. Les tourbières, notamment les sphaignes, peuvent absorber de grande quantité d’eau (comme une éponge), pour ensuite la relâcher graduellement.

Elles sont une source de nourriture pour de nombreuses espèces d’oiseaux et de mammifères. Elles ont une valeur écologique intrinsèque.

Elles sont un milieu d’observation privilégié pour plusieurs espèces rares.

Elles renferment les archives de plusieurs millénaires d’histoire naturelle. Les conditions de décomposition lente qu’on retrouve dans les tourbières ont permis de préserver des spécimens de pollen, insectes et graines sur plusieurs milliers d’année. L’étude de ces spécimens a permis aux chercheurs de recréer l’évolution du climat, de la faune et de la flore depuis la dernière ère glaciaire. À certains endroits, on a même retrouvé des objets de fabrication humaine et même des êtres humains au complet, momifiés dans la tourbe, qui ont offert un témoignage unique sur les conditions de vie de nos lointains ancêtres.

Elles sont des puits de carbone très important. La tourbe a une très forte teneur en carbone. On estime qu’au Canada, elle renferme 60% du carbone de la biosphère terrestre (tous les êtres vivants terrestres).

Le Canada possède 43% des tourbières mondiales. Nous sommes fiduciaires de cette richesse et devons porter cette responsabilité face au reste de la planète. L’importance des tourbières dans la protection des sources d’eau et dans l’atténuation des changements climatiques implique un effort de conservation accru.

Si vous voulez en savoir plus sur les plantes qu’on retrouve dans les tourbières du Québec, vous pouvez consulter le livre publié par Fleurbec, Plantes sauvages des lacs, rivières et tourbières, que vous pouvez commander à travers la boutique d’Eau Secours!.

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