Entrée générale - Accueil - Bannière - Les Porteuses et Porteurs d'eau avec Eau Secours!

Retour à Hélène Pedneault

Hélène Pedneault
Texte d'introduction à la soirée Eau Secours!
25 février 1997

Bonsoir, mon nom est Hélène Pedneault et je n'ai qu'un mot à vous dire pour commencer cette soirée:

ALLO ! Et je dirais même plus: À L'EAU LA PRIVATISATION!

Je ne sais pas si vous êtes comme moi...La plupart du temps, je suis une bonne pâte (d'autant plus que je suis à moitié italienne...), mais il ne faut pas me prendre pour une nouille, même al dente!

Je vis dans un pays riche. J'ai un million de cours d'eau sur mon territoire, dont 700,000 lacs, plus une nappe phréatique qu'on dit inépuisable. Je me souviens qu'on avait dit ça aussi de mes forêts... Je suis l'heureuse propriétaire de 16% de la réserve mondiale d'eau douce avec 7 millions de personnes, mais on me dit que je ne suis pas capable de payer mon épicerie et mon hypothèque. Pourtant, un litre d'essence vaut autour de 60 cents et un litre d'eau vaut entre 90 cents et 1.20$. Mon réseau de tuyaux pour acheminer mon eau vaut 40 milliards de dollars, mais on ne le calcule jamais comme un actif.

Ma cote internationale est sans arrêt menacée pendant que les banques sur mon territoire font des milliards de profits. Je suis l'Arabie Saoudite et on me fait croire que je suis un pays sous-développé. 

Je ne suis pas une imbécile et j'ai de la mémoire. Je me souviens qu'on a vendu mon fer à une cent la tonne il n'y a pas si longtemps. Je me souviens qu'on a coupé mes forêts à blanc pour pas cher et qu'aujourd'hui je me ramasse avec un territoire ravagé et un désert quand je survole mon pays en avion. Je ne laisserai pas pomper mon eau à blanc.

"Over my dead body", comme on dit en latin. Parce qu'aujourd'hui, les Québécois ont échangé la tête coupée de Jean-Baptiste contre la tête à Papineau. C'est maintenant que ça va commencer à paraître... On est sur le point de nous faire la passe du siècle. On est sur le point d'être les victimes du vol du siècle. Ça vient de partout pour voler notre eau, autant celle du robinet à Montréal que celle de nos nappes souterraines dans tout le reste du Québec. Ça vient de France, ça vient des États-Unis ça vient du Japon, et ça vient aussi du Québec. (Ça prend toujours quelques complices pour faire un vol sans se faire prendre...) Mais au Québec, l'eau est notre âme. Dans notre folklore, on a assez vendu notre notre âme au diable, je vous annonce ce soir, en primeur, que c'est terminé!

Vous pensez que j'exagère, que le projet de privatiser l'eau du Québec est pré-vu pour un futur lointain et incertain? Détrompez-vous. C'est maintenant que ça se passe, dans les coulisses. Ça fait sept ans qu'ils préparent leur coup en douce. Avez-vous écouté l'émission Enjeux hier soir à Radio-Canada? Les gens des villes de Mirabel et Franklin sont dedans jusqu'au cou. C'est maintenant que ça se passe. Mais la stratégie employée par les  convoiteurs d'eau est le silence et le déni, les meilleures tactiques qui soient pour passer un sapin à 7 millions de personnes. Ils ne veulent pas faire de débat public, nous allons le faire. Et comme ils adorent parler d'économie, le seul mot qu'ils ont à la bouche comme autant de caries, nous allons en parler, et beau-coup. Ils vont aimer ça. Mais nous, nous parlerons aussi de culture, d'âme et de solidarité.

C'est pour ça que nous sommes réunis ce soir. Vous êtes découragés d'avance? Vous pensez qu'on s'attaque à du monde trop forts pour nous? qu'on s'attaque à une montagne infranchissable? Détrompez-vous. Nous sommes de grands spécialistes des barrages, ça va nous servir. Nous allons ériger le plus gros barrage jamais construit au Québec, contre la privatisation de l'eau. Jamais personne au monde n'a réussi à passer un sapin à quelques millions de personnes qui disent non. Et il y a un précédent historique: souvenez-vous que le petit David, à lui tout seul, a réussi à vaincre le géant Goliath, et que le petit Yves Michaud, à lui tout seul, a réussi à ébranler les banques...

Quand j'étais petite, ma mère disait toujours, quand elle voyait que quelqu'un allait frapper un noeud : «Il va frapper son Waterloo». Et bien c'est ce qui va arriver aux convoiteurs de notre eau: ils vont frapper leur Water-L'eau, dans les 2 langues à part ça! Et si je me fie à la réaction des Québécois-e-s depuis seulement quinze jours qu'on parle de la Coalition et de cette soirée un peu partout, la marée monte très vite et c'est un raz-de-marée qui s'annonce. Les Britanniques et les Français n'ont pas eu un mot à dire, ils ont eu la privatisation de l'eau sur la gueule. Et même s'ils veulent tous reculer maintenant, ils sont bien mal pris parce qu'ils ont signé pour 30 ans avec les multinationales de l'eau qui sont mortes de rire quand elles lisent leurs bilans annuels parce qu'elles font des milliards de profits aux dépens des citoyens. De l'argent comme de l'eau! Parce qu'il n'y a qu'une seule raison pour vouloir privatiser l'eau au Québec, une seule: pour faire d'énormes profits, très rapidement. Il faudra demander à nos gouvernants pourquoi ils sont prêts à faire un tel cadeau à l'entreprise privé. En Angleterre, les multinationales font des milliards de profits: 26% de profits après impôt, du jamais vu. C'est nous qui allons écrire l'histoire à partir de dorénavant, comme disait l'autre. Et je vous prédis que l'Histoire appellera cette bataille que nous allons gagner ensemble "La Bataille de l'eau". 

Nous avons une énorme responsabilité: solder notre eau maintenant pour faire de l'argent rapidement et éponger le fameux déficit, ou en prendre soin et la gérer soigneusement pour remplir nos coffres vides. C'est le même dilemme dans la ville de Franklin: vider la nappe souterraine contre une trentaine d'emplois sur quelques années. Parce que quand le sous-sol sera vidé, que pensez-vous que la compagnie Danone va faire?  Fermer l'usine qu'on fait miroiter aux gens en ce moment et chercher une autre source pendant que les citoyens de Franklin achèteront leur eau ailleurs. Une citoyenne de Franklin sera avec nous un peu plus tard dans la soirée. Ils sont une dizaine dans la salle et quelques personnes de Mirabel aussi. Vous êtes avec nous ce soir, mais nous sommes avec vous. 

Bienvenue dans notre barrage!

Retour à Hélène Pedneault