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Bonsoir, mon nom est Hélène
Pedneault et je n'ai qu'un mot à vous dire pour
commencer cette soirée:
ALLO ! Et je dirais même plus: À
L'EAU LA PRIVATISATION!
Je ne sais pas si vous êtes comme
moi...La plupart du temps, je
suis une bonne pâte (d'autant plus que je suis
à moitié italienne...), mais il ne faut pas me prendre
pour une nouille, même al dente!
Je vis dans un pays riche. J'ai un
million de cours d'eau sur mon
territoire, dont 700,000 lacs, plus une nappe
phréatique qu'on dit inépuisable. Je me souviens
qu'on avait dit ça aussi de mes forêts... Je
suis l'heureuse propriétaire de 16% de la réserve
mondiale d'eau douce avec 7 millions de personnes,
mais on me dit que je ne suis pas capable de
payer mon épicerie et mon hypothèque. Pourtant, un litre
d'essence vaut autour de 60 cents et un litre d'eau
vaut entre 90 cents et 1.20$. Mon réseau de tuyaux
pour acheminer mon eau vaut 40 milliards de dollars,
mais on ne le calcule jamais comme un actif.
Ma cote internationale est sans
arrêt menacée pendant que les
banques sur mon territoire font des milliards
de profits. Je suis l'Arabie Saoudite et on
me fait croire que je suis un pays sous-développé.
Je ne suis pas une imbécile et
j'ai de la mémoire. Je me
souviens qu'on a vendu mon fer à une cent la tonne il
n'y a pas si longtemps. Je me souviens qu'on a coupé
mes forêts à blanc pour pas cher et qu'aujourd'hui
je me ramasse avec un territoire ravagé
et un désert quand je survole mon pays en avion.
Je ne laisserai pas pomper mon eau à blanc.
"Over my dead body",
comme on dit en latin. Parce qu'aujourd'hui, les Québécois ont échangé
la tête coupée de
Jean-Baptiste contre la tête à Papineau. C'est
maintenant que ça va commencer à paraître... On
est sur le point de nous faire la passe du siècle. On
est sur le point d'être les victimes du vol du siècle.
Ça vient de partout pour voler notre eau, autant
celle du robinet à Montréal que celle de nos nappes
souterraines dans tout le reste du Québec. Ça vient
de France, ça vient des États-Unis ça vient du Japon,
et ça vient aussi du Québec. (Ça prend toujours
quelques complices pour faire un vol sans se
faire prendre...) Mais au Québec, l'eau est notre âme.
Dans notre folklore, on a assez vendu notre notre
âme au diable, je vous annonce ce soir, en primeur,
que c'est terminé!
Vous pensez que j'exagère, que le
projet de privatiser l'eau du
Québec est pré-vu pour un futur lointain
et incertain? Détrompez-vous. C'est maintenant
que ça se passe, dans les coulisses. Ça fait
sept ans qu'ils préparent leur coup en douce. Avez-vous
écouté l'émission Enjeux hier soir à Radio-Canada?
Les gens des villes de Mirabel et Franklin
sont dedans jusqu'au cou. C'est maintenant que
ça se passe. Mais la stratégie employée par les convoiteurs
d'eau est le silence et le déni, les meilleures
tactiques qui soient pour passer un sapin à
7 millions de personnes. Ils ne veulent pas faire de
débat public, nous allons le faire. Et comme ils adorent
parler d'économie, le seul mot qu'ils ont à la
bouche comme autant de caries, nous allons en parler,
et beau-coup. Ils vont aimer ça. Mais nous, nous
parlerons aussi de culture, d'âme et de solidarité.
C'est pour ça que nous sommes
réunis ce soir. Vous êtes
découragés d'avance? Vous pensez qu'on s'attaque
à du monde trop forts pour nous? qu'on s'attaque
à une montagne infranchissable? Détrompez-vous.
Nous sommes de grands spécialistes des
barrages, ça va nous servir. Nous allons ériger le
plus gros barrage jamais construit au Québec, contre
la privatisation de l'eau. Jamais personne au monde
n'a réussi à passer un sapin à quelques millions
de personnes qui disent non. Et il y a un précédent
historique: souvenez-vous que le petit David,
à lui tout seul, a réussi à vaincre le géant Goliath,
et que le petit Yves Michaud, à lui tout seul,
a réussi à ébranler les banques...
Quand j'étais petite, ma mère
disait toujours, quand elle
voyait que quelqu'un allait frapper un noeud : «Il
va frapper son Waterloo». Et bien c'est ce qui va arriver
aux convoiteurs de notre eau: ils vont frapper
leur Water-L'eau, dans les 2 langues à part ça!
Et si je me fie à la réaction des Québécois-e-s depuis
seulement quinze jours qu'on parle de la Coalition
et de cette soirée un peu partout, la marée monte
très vite et c'est un raz-de-marée qui s'annonce.
Les Britanniques et les Français n'ont pas eu
un mot à dire, ils ont eu la privatisation de l'eau
sur la gueule. Et même s'ils veulent tous reculer
maintenant, ils sont bien mal pris parce qu'ils
ont signé pour 30 ans avec les multinationales
de l'eau qui sont mortes de rire quand
elles lisent leurs bilans annuels parce qu'elles
font des milliards de profits aux dépens des citoyens.
De l'argent comme de l'eau! Parce
qu'il n'y a qu'une seule raison pour vouloir privatiser
l'eau au Québec, une seule: pour faire d'énormes
profits, très rapidement. Il faudra demander
à nos gouvernants pourquoi ils sont prêts à faire
un tel cadeau à l'entreprise privé. En Angleterre,
les multinationales font des milliards de profits:
26% de profits après impôt, du jamais vu. C'est
nous qui allons écrire l'histoire à partir de dorénavant,
comme disait l'autre. Et je vous prédis que
l'Histoire appellera cette bataille que nous allons
gagner ensemble "La Bataille de l'eau".
Nous avons
une énorme responsabilité: solder notre eau maintenant
pour faire de l'argent rapidement et éponger
le fameux déficit, ou en prendre soin et la gérer
soigneusement pour remplir nos coffres vides. C'est
le même dilemme dans la ville de Franklin: vider
la nappe souterraine contre une trentaine d'emplois
sur quelques années. Parce que quand le sous-sol
sera vidé, que pensez-vous que la compagnie
Danone va faire? Fermer l'usine qu'on fait miroiter
aux gens en ce moment et chercher une autre source
pendant que les citoyens de Franklin achèteront
leur eau ailleurs. Une citoyenne de Franklin
sera avec nous un peu plus tard dans la soirée.
Ils sont une dizaine dans la salle et quelques
personnes de Mirabel aussi. Vous êtes avec nous
ce soir, mais nous sommes avec vous.
Bienvenue dans
notre barrage!
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