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Biographie de Georges-Hébert Germain
"Sol et unique"

Micheline Gérin et Marc Favreau


Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
27-10-2007 | 14h56

Dans l’ombre de Sol et de Marc Favreau, il y avait ELLE. Micheline Gérin, la femme de sa vie. Ensemble, ils ont partagé 52 années de vie commune. Comme leur union inspire, c’est l’histoire de Favreau et, surtout, le portrait d’un couple mythique que livre Georges-Hébert Germain dans L’Homme au déficient manteau.

Sous son «déficient manteau», Micheline Gérin, l’épouse, l’amante, la mère, l’amie et la gérante, était partout, présente dans les moindres recoins de la vie de Favreau. Sans elle, rien n’aurait été pareil.

Elle est morte le 24 mai 2007. Il est mort le 17 décembre 2005. «Ils auront passé sur cette Terre un nombre à peu près égal de jours, explique Georges-Hébert Germain. Il est parti 38 jours après son 76e anniversaire, elle avait eu le sien le 30 mars dernier…»

Après son AVC, quelques mois avant qu’elle tombe à son tour au combat, les proches du couple ont su résumer en quelques mots dans ce livre à quel point Micheline avait compté pour Marc. «Autour d’elle, on disait: Dans le fond, heureusement que ce n’est pas arrivé du vivant de Marc. Il aurait été complètement dévasté, impuissant. Ou très fâché. Marc ne savait rien faire sans elle…»

Un an plus tard

Le jour anniversaire de la disparition de son amour, elle s’était retirée seule à Abercorn, dans leur domaine chéri des Cantons-de-l’Est, à l’écart du village éponyme, tout près de la frontière américaine. Elle s’était allumé un cigare même si elle ne fumait pas et avait bu quelques gorgées de whisky même si elle n’en buvait pas. Tout ça pour être un peu avec lui.

Mesurant l’impact de cette femme dans la vie de l’artiste –Micheline était une comédienne tragédienne racinienne qui avait mis sa carrière de côté pour se consacrer à celle de son homme et à sa famille –, le sensible auteur et biographe n’aurait pu qu’effleurer le sujet de leur union.

Eux deux

Eux, c’était beaucoup Sol bien sûr, sur lequel on apprend plein de choses par le biais du regard du portraitiste-auteur Germain. Eux, c’était aussi l’amour du théâtre, des amis qu’ils recevaient souvent, leurs deux enfants, Marie-Claude et Patrice, un art de vivre axé sur le plaisir d’abord et avant tout, les voyages, les coups durs aussi, comme ceux que vivent tous les autres amoureux.

Au fond, ce qui donne une authenticité à ce portrait de Sol et de Marc Favreau, ce qui fait qu’il plaira aux lecteurs, toutes générations confondues, c’est qu’il parle d’un homme qui a aimé profondément et qui, sans son «déficient manteau» – et parfois même avec –, ressemblait au commun des mortels.

L'âme de Sol, le quotidien d'un clown

«La première chose que Marc a dite quand il a su qu’il allait mourir du cancer, c’est qu’il avait eu une belle vie. C’est rassurant de rencontrer quelqu’un qui pense comme ça.» Georges-Hébert Germain, l’ami devenu «portraitiste» de Marc Favreau, a écrit sa vie avec la franchise et le respect que l’artiste inspirait.

Micheline Gérin n’aura jamais eu le temps de lire L’Homme au déficient manteau. Elle est partie lorsque Germain en était au quart de son écriture, en mai dernier. Il avait eu le temps de recueillir son témoignage, de l’entendre lui parler de celui qui l’avait séduite au début de la vingtaine, mais aussi de celui qui a marqué la scène culturelle québécoise, du Survenant à La Boîte à surprises, en passant par Les Enquêtes Jobidon, Les Croquignoles et son légendaire personnage de Sol, le clown poète des mots, inspirant ainsi des générations d’humoristes et de comédiens.

Certes, ce portrait complet, documenté, et basé sur les témoignages de ceux qui ont connu de près Favreau, dans l’intimité comme dans la vie professionnelle, lui aurait plu. La place qu’elle y occupe est grande, à la mesure de sa présence au coeur du quotidien du clown. «Même quand Marc était vivant, Micheline m’avait dit qu’il souhaitait que ce soit moi qui écrive un jour sur sa vie», explique Germain.

Une rencontre heureuse

Il avait connu l’homme au début des années 1980, lorsque Micheline lui avait demandé d’écrire un mot de présentation destiné aux spectateurs sur un des spectacles que Sol présentait en France, où il faisait un tabac autant que Raymond Devos. «Je me souviens, j’avais fait la fête la veille… Quand je les ai rencontrés, ils m’avaient confié qu’ils étaient eux aussi dans ce même état.»

Depuis, avec sa conjointe, Francine Chaloult, qui s’occupait des relations de presse de Favreau, ils visitaient le couple, trinquaient avec lui, partageant tous ensemble cet amour des bons plats, du bon vin, de la vie épicurienne. «Micheline aimait rassembler les amis autour d’eux, recevoir, gâter. C’est elle qui nous amenait à lui, plus réservé et discret.»

Bien que très à l’aise financièrement grâce à la réussite fulgurante de Sol, Favreau préférait la sobriété, n’affichait jamais ses avoirs, préférait garder ses vieilles voitures, se tenir à l’écart des symboles de la gloire. «Ils étaient très généreux avec les gens. À Noël, fallait voir les cadeaux qu’ils offraient! Ils avaient des attentions pour tout le monde et s’impliquaient dans toutes sortes de causes sociales sans jamais s’en vanter. Ils gardaient ça pour eux.»

S’il l’a admiré pour cette simplicité, l’auteur devenu ami de Favreau a aussi été fasciné par ses connaissances. «Tu pouvais l’appeler et lui demander comment ça pèse à la naissance, un hippopotame. C’était un érudit qui savait comment soigner les arbres, travailler le bois, le fer, etc.»

Retour aux sources

De lui, Germain a appris à prendre soin d’une forêt, à soigner les arbres, à les entretenir avec la même passion que l’artiste leur témoignait dans son coin, à Abercorn. Le bois et la nature occupaient une place prépondérante dans sa vie, plus que sa carrière, même. «Il mettait la priorité sur son art de vivre plus que sur le travail. Il aimait sa forêt. Ce n’était pas quelqu’un rongé par l’ambition ou uniquement préoccupé par sa carrière.»

L’auteur expose aussi pertinemment vers la fin de son livre que l’âme de Sol est non seulement dans les bois d’Abercorn, mais qu’elle fait partie du groupe Loco Locass, qu’il habite comme Fred Pellerin à Saint-Élie-de-Caxton, qu’il voyage partout dans la francophonie en compagnie de Grand Corps Malade et qu’il se produit régulièrement avec les «rappeurs» et «slameurs» engagés.

Modèle et source d’inspiration de tellement d’artistes des nouvelles générations, Sol reste intemporel, très actuel, même six pieds sous terre, et aujourd’hui plus que jamais, alors que Germain lui redonne la parole.

L’Homme au déficient manteau, de Georges-Hébert Germain, est publié aux éditions Libre Expression.

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