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Elle est belle à voir,
dans cette verdure, devant ces cascades. Le décor lui va comme un
gant, car Pauline Martin est une amante de la nature. Elle y puise
force et paix. C’est l’une des raisons pourquoi elle a adopté une
rivière, la Métabetchouan, au Saguenay-Lac-St-Jean.
Pauline Martin a pris
congé cet été. Pas de théâtre pour elle. La comédienne redécouvre le
plaisir de ne pas avoir à se lever presque au milieu de la nuit,
beau temps, mauvais temps, pour se rendre au studio de « C’est bien
meilleur le matin », l’émission radiophonique matinale de la
première chaîne de Radio-Canada où elle présente la météo. « J’adore
faire de la radio. D’ailleurs, je viens de la radio, mon premier
métier c’était la radio. » Oui, elle l’admet, c’est difficile de
sortir du lit si tôt, mais le plaisir vaut l’effort. « C’est très
stimulant. Nous sommes très proches de l’actualité, nous touchons
une foule de sujets. Ça me permet d’être bien informée tout en ayant
du fun. »
Pauline Martin,
comédienne
Née à Trois-Pistoles
en 1952 (non, elle n’est pas originaire du Saguenay- Lac-St-Jean!),
Pauline Martin a appris les rudiments de son métier au collège
Lionel-Groulx, d’où sont également sortis Francis Reddy, Martin
Drainville, Normand Brathwaite et Patrice L’Écuyer, entre autres.
Très vite, elle se fait un nom et un visage, tant à la télévision
qu’au théâtre. Le public l’adore. Il faut dire que le rire est un
puissant moteur d’affection et Pauline Martin nous fait rire depuis
bientôt trente ans. Si on ne la voit ni sur scène ni au petit écran
cette année – mis à part « Surprise sur prise en rappel » - c’est
que son horaire radiophonique lui coupe un peu les ailes : difficile
de s’engager dans une production théâtrale ou télévisée quand on
doit se lever à 4 heures du matin ! Et puis, elle a besoin de
nouveaux défis. Si sa vaste expérience lui a permis d’atteindre les
sommets du milieu de la comédie au Québec, elle lui a aussi fait
faire plusieurs fois le tour du jardin. « À un moment donné, je me
suis rendu compte qu’on me demandait toujours la même chose et, moi,
je ne peux pas me répéter. Je suis restée attachée à quelques
personnages, comme celui de Rose-Aimée Dupuis, mais j’en suis à
souhaiter d’autres genres de rôles. »
Qu’on se rassure,
Pauline Martin n’a pas le désir d’abandonner la comédie. On la
retrouvera certainement sur les planches l’été prochain : le théâtre
en été, elle aime trop cela pour s’en priver deux années de suite !
Pauline Martin :
marraine
Bien qu’elle ait
choisi à l’aube de la cinquantaine de vivre à un autre rythme, un
rythme moins affolant, de ne plus être gouvernée par un agenda
surchargé, Pauline Martin n’est pas adepte de l’oisiveté ! Elle a
quand même trouvé le moyen de le remplir, son agenda, en épousant
une cause, celle des rivières de chez nous. Son chapeau de
comédienne, qu’elle a momentanément remisé, elle l’a troqué contre
celui de militante. Elle a « adopté » une rivière par le biais du
programme d’adoption de la Coalition québécoise pour une gestion
responsable de l’eau, aussi connue sous l’appellation d’Eau Secours!
D’autres organismes s’y sont joints : la Fédération québécoise du
canot et du kayak, l’Union québécoise pour la protection de la
nature, la Société pour la protection de la nature et des parcs du
Canada, l’Aventure écotourisme Québec.
L’aventure a commencé
il y a un peu moins d’un an. Hélène Pedneault, de la Coalition, l’a
approchée, des amis (Richard Desjardins, Michel Séguin) lui ont
parlé de leur propre engagement. Elle a trouvé l’idée intéressante
et s’est mise à poser mille questions. Eau Secours! lui a
alors remis une brique de plusieurs centaines de pages sur le
dossier des rivières et de l’hydro-électricité au Québec. Elle l’a
lue et a décidé d’agir. « C’est arrivé au moment du lock-out à
Radio-Canada. J’avais du temps, de l’intérêt. Et puis, j’ai été
estomaquée par tout ce qu’on nous passe sous le nez, tout ce que
nous, les citoyens, nous ne savons pas. »
Elle a donc adopté une
rivière. Elle met non seulement sa popularité au service de cette
cause qui lui tient à cœur, mais elle donne de son temps, de son
énergie, elle s’engage en tant que personne, pas uniquement comme
personnalité. D’ailleurs, elle est depuis longtemps sensible à
l’environnement. Elle récupère, veille à ne pas utiliser certains
produits polluants. Elle a aussi inculqué à ses trois enfants des
valeurs de vie collective. « Dans une collectivité nombreuse, on ne
pas laisser traîner ses déchets. Il faut avoir un comportement
responsable, c’est extrêmement important pour moi. »
Dans sa carrière,
Pauline Martin n’avait pas de plan préconçu, elle a suivi son cœur.
Dans son engagement, elle a aussi suivi son cœur. Cette femme, qui
éprouve un attachement profond envers la nature, s’inquiète aussi
pour l’avenir de ses grands enfants (19, 22 et 24 ans) et de ses
futurs petits-enfants. La beauté des rivières, de leur site
environnant, la touche jusqu’à l’âme. À ses yeux, les rivières sont
des symboles de continuité et de force. Ce sont des lieux de refuge.
« On doit les protéger parce que nous en avons besoin pour nous
mettre en harmonie et retrouver la paix de l’esprit, surtout dans un
monde où il y a de plus en plus de détresse psychologique. Plus il y
aura de gens qui iront se ressourcer près d’une rivière, mieux les
villes fonctionneront. »
Pauline Martin,
militante
Qu’est-ce que ça
signifie concrètement, adopter une rivière ? Pour Pauline Martin,
c’est s’assurer (en groupe, collectivement, graduellement, en y
mettant beaucoup de temps et d’énergie) d’obtenir des réponses
claires sur un sujet essentiel : l’érection de mini-centrales, de
mini-barrages, et ses conséquences sur l’environnement tant naturel
qu’humain. Le rôle des parrains et marraines n’est pas d’agir à la
place des gens directement concernés mais bien d’aider les comités
de citoyens à s’organiser, de les renseigner, de les soutenir. « Ça
sert aussi à leur permettre de se parler entre eux, de faire
circuler l’histoire des uns et des autres. Comme les dossiers ont
tous plusieurs points en commun, c’est inspirant. »
Deux jours après notre
rencontre, Pauline Martin se rendait à la Métabetchouan, rencontrer
les citoyens inquiets. En mai, elle était allée voir la Rupert, dans
le bout de la Baie James. Au printemps, elle avait participé à une
réunion importante pour la défense de la Trois-Pistoles. Elle prend
son rôle au sérieux, elle se donne. Sur le sujet, elle est
intarissable ! Elle se préoccupe des changements climatiques et
trouve qu’on ne parle pas assez de la difficulté de coordonner de
façon intelligente et sécuritaire les niveaux d’eau de tous ces
barrages. Elle s’insurge contre le fait que des raisons purement
économiques motivent l’exploitation des rivières. Elle s’indigne
quand on ment sur les dégâts que cela va causer et sur les retombées
économiques. « Ce n’est pas vrai que cela va créer des emplois. Pour
construire des barrages, il faut une expertise pointue et la tâche
est confiée à des firmes de l’extérieur de la localité. Après, il
suffit d’une seule personne pour surveiller le fonctionnement. »
Elle fait remarquer
que dans tous les dossiers dont s’occupe la Coalition, on essaie de
contourner la consultation publique. « Nous demandons à ce qu’il y
ait des audiences publiques pour chaque projet et non seulement,
comme c’est le cas actuellement, pour ceux de 5 mégawatts et plus. »
Elle croit fermement
que le surplus d’électricité dont nous avons besoin, nous pourrions
le puiser dans les installations existantes, ou encore en nous
ouvrant à d’autres formes de production d’énergie, comme l’éolien.
Elle n’accepte pas qu’on cautionne une économie qui élargit le fossé
entre les riches et les pauvres. « On détruit notre pays pour
quelques dollars. Cela n’a pas de sens de détruire une richesse
extraordinaire qu’on devrait exploiter différemment, pour le bien
commun. Je ne peux pas accepter qu’on prenne un bien public, qu’on
l’exploite au profit d’une seule personne ou d’un petit groupe
d’individus, c'est-à-dire les promoteurs de ces projets. »
Pauline Martin est une
femme d’action et une femme positive. Elle ne croit pas qu’il est
impossible de changer le cours des choses. Elle préfère avoir le
sentiment d’agir selon sa conscience. « J’aime mieux me sentir toute
petite dans quelque chose de beau, que grande dans quelque chose de
laid. »
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