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Pauline Martin : une force de la nature

L’Actu-elle, magazine des CFQ
novembre 2002
Janine Renaud

Elle est belle à voir, dans cette verdure, devant ces cascades. Le décor lui va comme un gant, car Pauline Martin est une amante de la nature. Elle y puise force et paix. C’est l’une des raisons pourquoi elle a adopté une rivière, la Métabetchouan, au Saguenay-Lac-St-Jean.

Pauline Martin a pris congé cet été. Pas de théâtre pour elle. La comédienne redécouvre le plaisir de ne pas avoir à se lever presque au milieu de la nuit, beau temps, mauvais temps, pour se rendre au studio de « C’est bien meilleur le matin », l’émission radiophonique matinale de la première chaîne de Radio-Canada où elle présente la météo. « J’adore faire de la radio. D’ailleurs, je viens de la radio, mon premier métier c’était la radio. » Oui, elle l’admet, c’est difficile de sortir du lit si tôt, mais le plaisir vaut l’effort. « C’est très stimulant. Nous sommes très proches de l’actualité, nous touchons une foule de sujets. Ça me permet d’être bien informée tout en ayant du fun. »

Pauline Martin, comédienne

Née à Trois-Pistoles en 1952 (non, elle n’est pas originaire du Saguenay- Lac-St-Jean!), Pauline Martin a appris les rudiments de son métier au collège Lionel-Groulx, d’où sont également sortis Francis Reddy, Martin Drainville, Normand Brathwaite et Patrice L’Écuyer, entre autres. Très vite, elle se fait un nom et un visage, tant à la télévision qu’au théâtre. Le public l’adore. Il faut dire que le rire est un puissant moteur d’affection et Pauline Martin nous fait rire depuis bientôt trente ans. Si on ne la voit ni sur scène ni au petit écran cette année – mis à part « Surprise sur prise en rappel » - c’est que son horaire radiophonique lui coupe un peu les ailes : difficile de s’engager dans une production théâtrale ou télévisée quand on doit se lever à 4 heures du matin ! Et puis, elle a besoin de nouveaux défis. Si sa vaste expérience lui a permis d’atteindre les sommets du milieu de la comédie au Québec, elle lui a aussi fait faire plusieurs fois le tour du jardin. « À un moment donné, je me suis rendu compte qu’on me demandait toujours la même chose et, moi, je ne peux pas me répéter. Je suis restée attachée à quelques personnages, comme celui de Rose-Aimée Dupuis, mais j’en suis à souhaiter d’autres genres de rôles. »

Qu’on se rassure, Pauline Martin n’a pas le désir d’abandonner la comédie. On la retrouvera certainement sur les planches l’été prochain : le théâtre en été, elle aime trop cela pour s’en priver deux années de suite !

Pauline Martin : marraine

Bien qu’elle ait choisi à l’aube de la cinquantaine de vivre à un autre rythme, un rythme moins affolant, de ne plus être gouvernée par un agenda surchargé, Pauline Martin n’est pas adepte de l’oisiveté ! Elle a quand même trouvé le moyen de le remplir, son agenda, en épousant une cause, celle des rivières de chez nous. Son chapeau de comédienne, qu’elle a momentanément remisé, elle l’a troqué contre celui de militante. Elle a « adopté » une rivière par le biais du programme d’adoption de la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau, aussi connue sous l’appellation d’Eau Secours! D’autres organismes s’y sont joints : la Fédération québécoise du canot et du kayak, l’Union québécoise pour la protection de la nature, la Société pour la protection de la nature et des parcs du Canada, l’Aventure écotourisme Québec.

L’aventure a commencé il y a un peu moins d’un an. Hélène Pedneault, de la Coalition, l’a approchée, des amis (Richard Desjardins, Michel Séguin) lui ont parlé de leur propre engagement. Elle a trouvé l’idée intéressante et s’est mise à poser mille questions. Eau Secours! lui a alors remis une brique de plusieurs centaines de pages sur le dossier des rivières et de l’hydro-électricité au Québec. Elle l’a lue et a décidé d’agir. « C’est arrivé au moment du lock-out à Radio-Canada. J’avais du temps, de l’intérêt. Et puis, j’ai été estomaquée par tout ce qu’on nous passe sous le nez, tout ce que nous, les citoyens, nous ne savons pas. » 

Elle a donc adopté une rivière. Elle met non seulement sa popularité au service de cette cause qui lui tient à cœur, mais elle donne de son temps, de son énergie, elle s’engage en tant que personne, pas uniquement comme personnalité. D’ailleurs, elle est depuis longtemps sensible à l’environnement. Elle récupère, veille à ne pas utiliser certains produits polluants. Elle a aussi inculqué à ses trois enfants des valeurs de vie collective. « Dans une collectivité nombreuse, on ne pas laisser traîner ses déchets. Il faut avoir un comportement responsable, c’est extrêmement important pour moi. »

Dans sa carrière, Pauline Martin n’avait pas de plan préconçu, elle a suivi son cœur. Dans son engagement, elle a aussi suivi son cœur. Cette femme, qui éprouve un attachement profond envers la nature, s’inquiète aussi pour l’avenir de ses grands enfants (19, 22 et 24 ans) et de ses futurs petits-enfants. La beauté des rivières, de leur site environnant, la touche jusqu’à l’âme. À ses yeux, les rivières sont des symboles de continuité et de force. Ce sont des lieux de refuge. « On doit les protéger parce que nous en avons besoin pour nous mettre en harmonie et retrouver la paix de l’esprit, surtout dans un monde où il y a de plus en plus de détresse psychologique. Plus il y aura de gens qui iront se ressourcer près d’une rivière, mieux les villes fonctionneront. »

Pauline Martin, militante

Qu’est-ce que ça signifie concrètement, adopter une rivière ? Pour Pauline Martin, c’est s’assurer (en groupe, collectivement, graduellement, en y mettant beaucoup de temps et d’énergie) d’obtenir des réponses claires sur un sujet essentiel : l’érection de mini-centrales, de mini-barrages, et ses conséquences sur l’environnement tant naturel qu’humain.  Le rôle des parrains et marraines n’est pas d’agir à la place des gens directement concernés mais bien d’aider les comités de citoyens à s’organiser, de les renseigner, de les soutenir. « Ça sert aussi à leur permettre de se parler entre eux, de faire circuler l’histoire des uns et des autres. Comme les dossiers ont tous plusieurs points en commun, c’est inspirant. »

Deux jours après notre rencontre, Pauline Martin se rendait à la Métabetchouan, rencontrer les citoyens inquiets. En mai, elle était allée voir la Rupert, dans le bout de la Baie James. Au printemps, elle avait participé à une réunion importante pour la défense de la Trois-Pistoles. Elle prend son rôle au sérieux, elle se donne. Sur le sujet, elle est intarissable ! Elle se préoccupe des changements climatiques et trouve qu’on ne parle pas assez de la difficulté de coordonner de façon intelligente et sécuritaire les niveaux d’eau de tous ces barrages. Elle s’insurge contre le fait que des raisons purement économiques motivent l’exploitation des rivières. Elle s’indigne quand on ment sur les dégâts que cela va causer et sur les retombées économiques. « Ce n’est pas vrai que cela va créer des emplois. Pour construire des barrages, il faut une expertise pointue et la tâche est confiée à des firmes de l’extérieur de la localité. Après, il suffit d’une seule personne pour surveiller le fonctionnement. »

Elle fait remarquer que dans tous les dossiers dont s’occupe la Coalition, on essaie de contourner la consultation publique. « Nous demandons à ce qu’il y ait des audiences publiques pour chaque projet et non seulement, comme c’est le cas actuellement, pour ceux de 5 mégawatts et plus. »

Elle croit fermement que le surplus d’électricité dont nous avons besoin, nous pourrions le puiser dans les installations existantes, ou encore en nous ouvrant à d’autres formes de production d’énergie, comme l’éolien. Elle n’accepte pas qu’on cautionne une économie qui élargit le fossé entre les riches et les pauvres. « On détruit notre pays pour quelques dollars. Cela n’a pas de sens de détruire une richesse extraordinaire qu’on devrait exploiter différemment, pour le bien commun. Je ne peux pas accepter qu’on prenne un bien public, qu’on l’exploite au profit d’une seule personne ou d’un petit groupe d’individus, c'est-à-dire les promoteurs de ces projets. »

Pauline Martin est une femme d’action et une femme positive. Elle ne croit pas qu’il est impossible de changer le cours des choses. Elle préfère avoir le sentiment d’agir selon sa conscience. « J’aime mieux me sentir toute petite dans quelque chose de beau, que grande dans quelque chose de laid. »

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