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Suzanne Jacob se mouille devant le BAPE
Lors de la Commission sur la gestion de l'eau au Québec
 8 décembre 1999

Premièrement :

Ce n’est pas parce que je ne comprends pas.

Je comprends le français, donc je comprends :

"l’Arabie Saoudite ", "l’Eldorado ", c’est ici.

L’Eldorado, aujourd’hui, à l’heure qu’il est,

c’est notre chance, notre dernière chance,

de liquider -c’est le cas de le dire- notre dette.

C’est ça que je comprends.

Donc, ce n’est pas parce que je ne comprends pas

que je reste là sans bouger,

c’est tout simplement parce que je ne le crois pas.

Comment est-ce que je pouvais croire

qu’on allait raser les forêts avant qu’elles soient rasées ?

Aujourd’hui, elles sont rasées.

Aujourd’hui, il ne reste qu’une petite bordure de forêt

autour des lacs, au bord des routes,

autour des chalets.

Mais je n’arrive pas encore à y croire. Tu vois mon problème ?

 

Deuxièmement, l’eau :

Imaginons maintenant que je le croie avant que ça soit fait,

que je prenne le risque de croire

que ceux qui ont juré de s’occuper de nos affaires

sont en train de faire leurs affaires sur notre dos

sont en train de nous préparer par en dessous

une souveraineté déshydratée.

Si je me mets à y croire, à ça,

à une souveraineté sans héritage et sans descendance,

à une souveraineté sans autre loi que la loi des grosses poches,

à une souveraineté de la misère,

à un partenariat de porteurs d’eau,

alors là, aussi bien continuer comme on est parti là,

à être les premiers au monde dans la stérilité volontaire,

aussi bien aller se noyer

pendant qu’il reste encore de l’eau pour le faire.

 

Ou alors, troisièmement :

Il va falloir se décider à faire une petite guerre.

Mais nous, la guerre, même la plus petite, on n’aime pas ça.

Nous on aime mieux mourir avant la guerre qu’après.

Nous, on n’aime pas voir couler le sang.

Sauf que le sang, le sang de la terre, c’est l’eau.

Quand tu vas donner ton sang, tu le donnes

parce que tu es sûr qu’il va t’en rester.

Si tu prenais conscience

qu’on était en train de te pomper tout ton sang

 et de ne pas t’en laisser,

tu hurlerais

avec la voix du sang,

avec le cri du sang, tu hurlerais.

Et tu ferais la guerre

même si c’était ton propre frère

qui essayait de vendre ton sang.
 

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